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POUR L’ENFANT QUI N’EST PLUS

 (Charles de Pomairols (1843, 1916)) - Ouvrage Pour l’Enfant

 

Rien ! je n’entends plus rien ! Mon grand désir avide

Se perd de tous côtés dans l’immensité vide !

Qu’est devenue, hélas ! ta voix, ta chère voix,

Charme unique éprouvé dans le monde une fois,

Qui ne peut jamais plus se jouer sur des lèvres !

Ce doux son modulé d’un cœur exempt de fièvres,

Ce timbre où s’exprimait tout son être ingénu,

Cet ineffable accent, qu’est-il donc devenu ?

Après les entretiens des heures écoulées,

Où les retrouverai-je, où sont-elles allées,

Les paroles dites par toi d’un ton si doux,

Comme un murmure lent de prière à genoux !

Vive apparition dont mon âme soupire,

Insoucieuse enfant, qu’as-tu fait de ton rire,

De ce rire montant, cristallin, clair et pur,

Qui semblait éclater en gerbe dans l’azur !

Et tu chantais parfois ; ton chant tremblé, timide,

Naissait à peine au bord de ton âme candide,

Comme les chants craintifs des oiseaux hésitants

Qui n’osent se fier à l’espoir du printemps

Et d’une note ou deux charment la saison rude :

Où s’est-il envolé, ton suave prélude ?

Tout cela remplissait mon âme d’un bruit frais,

Impression d’amour dont je me pénétrais,

Qui, douce, caressant ma pensée en toute heure,

Comme une joie errante enchantait la demeure.

Depuis un affreux jour, un dernier cri perdu,

J’ai sans cesse écouté, je n’ai rien entendu ! 

J’écoute encore,

Mon cœur avide explore

La sphère sans limite où reposent les sons,

Pour reprendre un instant à l’air qui les dévore

Ta voix évanouie et tes frêles chansons,

Mon désir s’élance,

Mais j’épuise mon âme en ce stérile appel ;

Un refus éternel

M’apparaît dans l’abîme infini du silence !